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L'ENVIRONNEMENT DU SAHEL

Deux positions s’affrontent à propos de l’influence cruciale des éleveurs sur l’environnement en Afrique tropicale. Pour les uns (experts internationaux, techniciens autres que ceux des services d’Elevage, développeurs surtout agricoles), l’élevage est le principal responsable de la dégradation de I’environnement : réduction de végétations, érosion et dénudation des sols, désertification. Le cheptel est trop nombreux et mal conduit. Pour les autres (anthropologues, pastoralistes), les sociétés pastorales en Afrique savent ménager l’environnement par des mécanismes de régulation du cheptel et une exploitation mesurée des ressources. Il est évident que les premières accusations gagneraient  à  être nuancées. Le bétail n’exerce pas que des effets négatifs sur l’environnement et les sociétés pastorales ne sont pas les seules h l’origine des dégradations observables. Les politiques d’élevage entraînent des concentrations du bétail, alors qu’il serait souhaitable de le diluer dans l’espace. D’un autre dité, si des règles collectives organisaient autrefois l’usage d’espaces pastoraux, elles sont largement tombées en désuétude. A part quelques exemples bien connus (le Macina peul au XIX~ siècle), beaucoup d’espaces ont-ils été vraiment gérés, organisés, structurés par des sociétés pastorales ?

Aux accusateurs des éleveurs africains, il convient d’opposer les effets beaucoup plus destructeurs en termes d’environnement exercés par l’élevage capitaliste en Amérique Latine. De 1960 à 90, au moins 20 millions d’hectares de forêts en Amazonie brésilienne et six à sept au Pérou et en Colombie ont été déboisés pour la création de ranchs d’élevage. Fortement chargés en bétail (un à deux bovins/ha), ces pâturages fragiles sont envahis d’arbustes en une dizaine d’années. La destruction de la forêt recommence alors plus loin. En Afrique, les éleveurs ne déboisent pas la forêt. Ils n’exploitent que des formations herbeuses probablement anciennes. Il n’est pas juste de les englober dans le discrédit lié aux saccages des entrepreneurs d’élevage en Amazonie. (Jean Boutrais, « éleveurs, bétail et environnement »)