Eleveurs pasteurs peuls

éleveurs pasteurs peuls du Niger

« Le véritable combat, c’est d’être en paix avec soi-même »

ELEVEURS PASTEURS PEULS : ÉCOSYSTEMES EN DANGER

Pasteurs nomades et semi nomades peuls face à la mondialisation : agissons !

Les éleveurs pasteurs peuls de différentes régions de l’Afrique occidentale, unies par les histoires communes des migrations, dépendent de l’état de la brousse, et de ses fluctuations climatiques, végétales et animales.

Aujourd’hui les pasteurs nomades ou semi nomades, sont confrontés à de nombreux défis à la fois pour leur survie mais aussi pour assurer la rémanence de leur mode de vie. Leur existence déjà fragilisée est menacée par les difficultés liées au nomadisme, le réchauffement, le changement climatique et par la sédentarisation forcée.

Cet article a pour but donc, de vous transmettre les valeurs et la sagesse que ces pasteurs nomades incarnent à travers leurs traditions et leur gestion des ressources naturelles.

C’est aussi une façon de s’impliquer dans la préservation de leurs savoirs, qui risquent de s’épuiser face au changement climatique.  Ils vont se fondre dans une lisse uniformité face à mondialisation. Tributaire de l’environnement, leur mode de vie et leur monde est en danger.

A cause de l’inaction face à leur situation, cet article se veut être un acte de soutien.

ELEVEURS PASTEURS PEULS & NATURE : UN DUO INSEPARABLE

Des éleveurs pasteurs peuls qui préservent leur environnement naturel

« La différence entre un jardin et un désert, ce n’est pas l’eau, c’est l’homme »

Ce qui caractérise la mentalité des pasteurs nomades peuls est l’importance qu’ils donnent à des valeurs fortes afin de maintenir des rapports humains harmonieux. Contrairement à la société moderne d’aujourd’hui, leur énergie n’est pas dirigée vers l’économie de production de biens matériels.

Deux composantes constituent l’identité des pasteurs nomades peuls : leur code de conduite la “Pulaaku” qui se résume à la manière d’être peul et leur lien fusionnel avec la nature.

Ce code implique la sagesse, la bravoure, la patience, le partage, l’éducation et le travail. Ce sont autour de ces éléments, colonne vertébrale de leur identité que s’articule leur noblesse. La pulaaku s’enrichit d’un lien étroit avec la nature, inséparable de leur identité et nécessaire à leur existence.

C’est une identité construite à partir d’une connaissance aigue de la nature et de son cycle cosmique (astres, points cardinaux, étoiles, mouvements des astres et cycles des saisons,) de l’animal, des plantes et des arbres.

SAVOIRS DES ELEVEURS PASTEURS PEULS : UNE SCIENCE A PART ENTIERE

Savoirs écologiques multiséculaires : les peuls et leur adaptation à l’environnement aride

Pour évoluer dans un milieu auquel ils doivent perpétuellement s’adapter, les pasteurs nomades peuls s’aident de leurs connaissances diverses. Ils s’appuient sur des savoirs endogènes. Toute leur vie gravite autour de leur animal emblématique.

Cette relation très forte qui lie le pasteur peul à son animal symbolique émane de croyances ancestrales issues du mythe de la création.

Selon leur légende, le Dieu Créateur donnât naissance à une vache, et ceci, à partir d’une goutte de lait. La vache serait donc à l’origine de la création du monde.

C’est la raison pour laquelle il faut suivre le troupeau, peu importe les frontières, les langues, les religions. Les animaux sentent les saisons, la présence de l’eau, le moment d’aller vers d’autres pâturages, et ceci parfois sur de très longues distances.

Ces déplacements de troupeaux, appelés « transhumance » sont fonction des saisons et du climat, raison pour laquelle les éleveurs pasteurs peuls se doivent d’appréhender les cycles de la nature pour s’y adapter.

L’élevage extensif est le mode d’existence des peuls, et la vache représente leur plus grande richesse. Ils recherchent en permanence les meilleurs pâturages pour assurer le bien-être de leur bétail.

Ils sont donc soucieux de l’alimentation et de la santé de leur troupeau. Pour cela, ils maitrisent parfaitement les vertus des plantes de leur région.

Un savoir endogène adapté à la gestion des ressources naturelles

Leur savoir est le résultat d’une expérience transmise par les anciens et enrichie au quotidien par une stricte observation du comportement et réactions de leurs troupeaux qui consomment telle ou telle plante.

Chaque jour leur bibliothèque et connaissance sur les propriétés des végétaux s’enrichissent. Capables de désigner les plantes de leur région par le nom vernaculaire et d’en signaler les usages, les peuls sont des experts.

Grâce à cette connaissance, la qualité du lait est également scrupuleusement étudiée.

Selon l’aliment que la vache consomme, son lait peut être plus ou moins apprécié, consistant ou liquide. Ainsi certaines feuilles donnent du lait de bonne qualité et sont appréciées pour leur qualité lactifère.

Le lait et le beurre qu’ils obtiennent de leurs troupeaux, a beaucoup d’importance car ils représentent souvent leur seul revenu.

Lait et beurre qu’ils vendent par la suite dans les villages afin de s’acheter de la nourriture  (chez les peuls, l’animal n’est pas fait pour être mangé) ou tout autre produit dont ils ont besoin.

Cette alliance entre la nature, l’animal, les plantes et leur alimentation offre un modèle d’interdépendance harmonieuse.

Autant les plantes déclinent leurs propriétés nutritives et médicales, autant le vocabulaire des noms peuls qui désignent les arbres font remarquer que certaines espèces possèdent des valeurs symboliques et magiques.

L’arbre et sa sacralisation

L’arbre participe à la hiérarchie sociale et jalonne les étapes importantes de la vie des peuls.

Les pasteurs transhumants entretiennent avec les arbres une relation mystique et magique ainsi l’ardo, ou le chef de clan et meneur du groupe lors de la transhumance, reçoit la connaissance de la langue des arbres, grâce à un apprentissage transmis de père en fils.

Certains des arbres sont des indicateurs d’itinéraires et de décisions à prendre. Ils renferment donc des mystères, des vérités cachées et abritent des êtres surnaturels. Ils sont les intermédiaires entre le monde visible et invisible.

Le mystère qui entoure certains arbres peuls sont source d’extrapolations quant à leur symbolique.

C’est le cas du barkehi, ou “l’arbre Baraka” dont la signification simplifiée pourrait évoquer l’arbre à chance. Mais le vrai sens de cet arbre sacré, malgré les diverses études de certains spécialistes, continue à rester obscur.

La barka est un équilibre entre deux forces vitales, celle de l’homme  qui a en charge le troupeau, et celle des vaches qui le composent.

HONORER LA TERRE Y COMPRIS LES ZONES A FORTE CONTRAINTE

Les éleveurs pasteurs peuls et la désertification

“Qu’importe si le chemin est long, du moment qu’au bout il y a un puits”

Plus que jamais, les sécheresses périodiques mais prolongées et intenses, la diminution de la pluviométrie, les températures très élevées sont les principales menaces à l’environnement, aux pâturages, à l’eau et à la végétation dont dépendent les peuls et leurs troupeaux.

Les ressources limitées en eau rendent l’accès et la disponibilité de l’eau problématiques décimant souvent leur troupeaux.

Sans pâturage, les vaches ne produisent plus de lait et les peuls ne peuvent plus se nourrir, restant ainsi sans ressources et sans revenus pour entretenir leur famille.

La vache symbolique et si précieuse devient alors un fardeau à nourrir et est alors vendue.

L’impact environnemental touche autant leurs moyens de subsistance que leurs modes de vie.

Pour les éleveurs pasteurs peuls, vivre en harmonie avec la nature signifie maintenir et développer leur culture. Mais avec la sécheresse, le bouleversement des saisons des pluies, le cycle saisonnier modifié, tout leur calendrier se voit ainsi bousculé.

Les populations nomades et semi nomades occupées à survivre ne peuvent plus organiser leurs fêtes, leurs rassemblements. Femmes  et hommes doublent leurs heures de travail, les femmes pour chercher de l’eau, des plantes médicinales, et les hommes pour trouver des pâturages.

La crise environnementale et l’insécurité alimentaire que subissent les éleveurs peuls provoquent une massive migration à travers l’Afrique de l’ouest, générant ainsi des conflits intercommunautaires.

DONNONS LA VOIX AUX SANS VOIX

“Il vaut mieux se lever sans savoir où l’on va que rester assis sans rien faire”

Dans cette situation, les peuls ne vivent plus mais survivent.

Les pratiques traditionnelles et coutumières des peuls ainsi que leur gestion durable des ressources naturelles ont été souvent ignorées. Les politiques de développement véhiculent encore des préjugés défavorables au pastoralisme. De nos jours la science a prouvé que la mobilité est adaptée aux conditions difficiles des zones arides africaines.

Faute de pouvoir agir directement sur le dérèglement climatique, il est impératif de permettre aux traditions pastorales de continuer à se maintenir. Pour la cohésion sociale du sahel et le maintien d’une paix durable, préserver les diversités culturelles, est un atout.