Eleveurs pasteurs peuls

éleveurs pasteurs peuls du Niger

« Le véritable combat, c’est d’être en paix avec soi-même »

Au Sahel, les environnements arides sont en danger

Nous les pasteurs nomades et semi-nomades peuls du Sahel, avions pris conscience que la mondialisation détruisait notre écosystème. Nous voulons agir et trouver des solutions !

Le Peul et sa vache, une histoire d’amour

Le Peul est toujours lié à son animal qui est la vache. Les Peuls marchent toujours derrière leurs bêtes. Ce sont les vaches qui sentent le moment de partir et qui guident les pasteurs dans leurs déplacements sur des parcours qu’elles connaissent et pratiquent depuis toujours.

La vie des hommes consiste à trouver en permanence les conditions de vie optimale pour leurs animaux. Quand une bête est blessée ou malade elle reste avec les hommes qui la soignent et l’aident.

Sur toute la bande du Sahel, se déplace l’un des plus grand peuple autochtone de pasteurs nomades du continent. Ce sont les Peuls. Leurs transhumances peuvent s’étendre sur plusieurs milliers de kilomètres à travers l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Ils sont donc entièrement tributaires de l’environnement.

Mais la violence du changement climatique et ses conséquences ont bouleversé les zones fragiles du pastoralisme, condamnant les animaux et les hommes à survivre ou à disparaitre.

Aujourd’hui confrontés à de nombreux obstacles, ils doivent assurer leur survie mais aussi assurer la pérennité de leur mode de vie. Leur existence déjà fragilisée par les difficultés liées au nomadisme, est menacé par le changement climatique.

Le mode de vie pastoral doit pouvoir s’adapter au climat

Les Peuls M’Bororo, l’une des composantes des peuls, sont des éleveurs d’une variété de bœufs rouges à grande cornes que l’on appelle M’Bororoji, d’où leur nom.

C’est un groupe qui a toujours réalisé de grands parcours de transhumance à travers plusieurs pays avec ses vaches. Depuis la grande sécheresse de 1985, beaucoup ont perdu leurs bêtes et certains sont devenus des semi-nomades avec des parcours plus modestes d’une centaine de kilomètres en fonction des saisons. Les autres continuent encore les grandes transhumances dans un environnement de plus en plus hostile.

Les pasteurs nomades ou transhumants sont en recherche permanente du bien-être de leur animal avec lequel ils ont une relation très forte. C’est la raison de leur déplacement constant à la recherche des meilleurs pâturages pour leurs animaux. Ils sont donc totalement tributaires de l’environnement et des ressources naturelles. Ils sont en Afrique, l’un des peuples les plus menacés par les changements climatiques.

Cet article a pour but, de faire connaitre les valeurs et la sagesse des derniers éleveurs pasteurs restés nomades, à travers leur gestion des ressources naturelles.

C’est aussi la raison pour s’impliquer dans la défense de leurs savoirs, qui risquent de s’épuiser face au changement climatique. Ils sont par ailleurs, en train de se fondre dans une lisse uniformité face à la mondialisation.

Eleveurs pasteurs peuls et nature : un duo inséparable

Les éleveurs pasteurs peuls préservent leur environnement naturel

« La différence entre un jardin et un désert, ce n’est pas l’eau, c’est l’homme »

Ce qui caractérise la mentalité des pasteurs nomades peuls est l’importance qu’ils donnent à des valeurs fortes afin de maintenir des rapports humains harmonieux. Contrairement à la société moderne d’aujourd’hui, leur énergie n’est pas dirigée vers l’économie de production de biens matériels.

Deux composantes constituent l’identité des pasteurs nomades peuls : leur code de conduite la “Pulaaku” qui se résume à la manière d’être et leur lien fusionnel avec la nature.

Ce code implique la sagesse, la bravoure, la patience, le partage, l’éducation et le travail. Ce sont autour de ces éléments, colonne vertébrale de leur identité que s’articule leur noblesse. La pulaaku s’enrichit d’un lien étroit avec la nature, inséparable de leur identité et nécessaire à leur existence.

C’est une identité construite à partir d’une connaissance aigue de la nature et de son cycle cosmique (astres, points cardinaux, étoiles, mouvements des astres et cycles des saisons,) de l’animal, des plantes et des arbres.

Les savoirs des éleveurs pasteurs peuls : une science a part entière

Savoirs écologiques multiséculaires : les peuls et leur adaptation à l’environnement aride

Pour évoluer dans un milieu auquel ils doivent perpétuellement s’adapter, les pasteurs nomades peuls s’aident de leurs connaissances diverses. Ils s’appuient sur des savoirs endogènes. Toute leur vie gravite autour de leur animal emblématique.

Cette relation très forte qui lie le pasteur peul à son animal symbolique émane de croyances ancestrales issues du mythe de la création.

Selon leur légende, le Dieu Créateur donnât naissance à une vache, et ceci, à partir d’une goutte de lait. La vache serait donc à l’origine de la création du monde.

C’est la raison pour laquelle il faut suivre le troupeau, peu importe les frontières, les langues, les religions. Les animaux sentent les saisons, la présence de l’eau, le moment d’aller vers d’autres pâturages, et ceci parfois sur de très longues distances.

Ces déplacements de troupeaux, appelés « transhumance » sont fonction des saisons et du climat, raison pour laquelle les éleveurs pasteurs peuls se doivent d’appréhender les cycles de la nature pour s’y adapter.

L’élevage extensif est le mode d’existence des peuls, et la vache représente leur plus grande richesse. Ils recherchent en permanence les meilleurs pâturages pour assurer son bien-être.

Ils sont donc soucieux de l’alimentation et de la santé de leur troupeau. Pour cela, ils maitrisent parfaitement les vertus des plantes de leur région.

Un savoir endogène adapté à la gestion des ressources naturelles

Leur savoir est le résultat d’une expérience transmise par l’ancienne et enrichie au quotidien par une stricte observation du comportement et réactions de leurs troupeaux qui consomment telle ou telle plante.

Chaque jour leur bibliothèque et connaissance sur les propriétés des végétaux s’enrichissent. Capables de désigner les plantes de leur région par le nom vernaculaire et d’en signaler les usages, les peuls sont des experts.

Grâce à cette connaissance, la qualité du lait est également scrupuleusement étudiée.

Selon l’aliment que la vache consomme, son lait peut être plus ou moins apprécié, consistant ou liquide. Ainsi certaines feuilles donnent du lait de bonne qualité et sont appréciées pour leur qualité lactifère.

Le lait et le beurre qu’ils obtiennent de leurs troupeaux, a beaucoup d’importance car ils représentent souvent leur seul revenu.

Lait et beurre qu’ils vendent par la suite dans les villages afin de s’acheter de la nourriture  (chez les peuls, l’animal n’est pas fait pour être mangé) ou tout autre produit dont ils ont besoin.

Cette alliance entre la nature, l’animal, les plantes et leur alimentation offre un modèle d’interdépendance harmonieuse.

Autant les plantes déclinent leurs propriétés nutritives et médicales, autant le vocabulaire des noms peuls qui désignent les arbres font remarquer que certaines espèces possèdent des valeurs symboliques et magiques.

L’arbre et sa sacralisation

L’arbre participe à la hiérarchie sociale et jalonne les étapes importantes de la vie des peuls.

Les pasteurs transhumants entretiennent avec les arbres une relation mystique et magique ainsi l’ardo, ou le chef de clan et meneur du groupe lors de la transhumance, reçoit la connaissance de la langue des arbres, grâce à un apprentissage transmis de père en fils.

Certains des arbres sont des indicateurs d’itinéraires et de décisions à prendre. Ils renferment donc des mystères, des vérités cachées et abritent des êtres surnaturels. Ils sont les intermédiaires entre le monde visible et invisible.

Le mystère qui entoure certains arbres peuls est source d’extrapolations quant à leur symbolique.

C’est le cas du barkehi, ou “l’arbre Baraka” dont la signification simplifiée pourrait évoquer l’arbre à chance. Mais le vrai sens de cet arbre sacré, malgré les diverses études de certains spécialistes, continue à rester obscur.

La barka est un équilibre entre deux forces vitales, celle de l’homme qui a en charge le troupeau, et celle des vaches qui le composent.

Honorons la terre y compris les zones de forte contrainte

Les éleveurs pasteurs peuls et la désertification

“Qu’importe si le chemin est long, du moment qu’au bout il y a un puits”

Plus que jamais, les sécheresses périodiques mais prolongées et intenses, la diminution de la pluviométrie, les températures très élevées sont les principales menaces à l’environnement, aux pâturages, à l’eau et à la végétation dont dépendent les peuls et leurs troupeaux.

Les ressources limitées en eau rendent l’accès et la disponibilité de l’eau problématiques décimant souvent leurs troupeaux.

Sans pâturage, les vaches ne produisent plus de lait et les peuls ne peuvent plus se nourrir, restant ainsi sans ressources et sans revenus pour entretenir leur famille.

La vache symbolique et si précieuse devient alors un fardeau à nourrir et est alors vendue.

L’impact environnemental touche autant leurs moyens de subsistance que leurs modes de vie.

Pour les éleveurs pasteurs peuls, vivre en harmonie avec la nature signifie maintenir et développer leur culture. Mais avec la sécheresse, le bouleversement des saisons des pluies, le cycle saisonnier modifié, tout leur calendrier se voit ainsi bousculé.

Les populations nomades et semi nomades occupées à survivre ne peuvent plus organiser leurs fêtes, leurs rassemblements. Femmes  et hommes doublent leurs heures de travail, les femmes pour chercher de l’eau, des plantes médicinales, et les hommes pour trouver des pâturages.

La crise environnementale et l’insécurité alimentaire que subissent les éleveurs peuls provoquent une massive migration à travers l’Afrique de l’ouest, générant ainsi des conflits intercommunautaires.

Réchauffement du climat : ” c’est tout leur monde qui disparaît “

“Il vaut mieux se lever sans savoir où l’on va que rester assis sans rien faire”

Dans cette situation, les peuls ne vivent plus mais survivent.

Les pratiques traditionnelles et coutumières des peuls ainsi que leur gestion durable des ressources naturelles ont été souvent ignorées. Les politiques de développement véhiculent encore des préjugés défavorables au pastoralisme. De nos jours la science a prouvé que la mobilité est adaptée aux conditions difficiles des zones arides africaines.

Faute de pouvoir agir directement sur le dérèglement climatique, il est impératif de permettre aux traditions pastorales de continuer à se maintenir. Pour la cohésion sociale du sahel et le maintien d’une paix durable, préserver les diversités culturelles, est un atout.

Un art de vivre au plus près de la nature

Les Peuls M’Bororo sont eux-mêmes composés de plusieurs communautés. Les familles transportent très peu de choses avec elles, hormis les nattes pour dormir, quelques effets et le produit de la vente du lait, car la nature fournit le reste.

C’est une nature prodigue où chaque espèce d’herbe, d’arbre, a plusieurs noms dans la langue peule pour qualifier chaque plante dans tous ses états. Un savoir millénaire qui témoigne d’une très grande connaissance de l’environnement dans lequel ils vivent en parfaite harmonie.

Dans le Sahel, les changements climatiques ont des conséquences catastrophiques qui se répercutent en cascade sur l’environnement, avec des impacts sur la flore, la faune, la vie des hommes et en particulier celle des nomades.