Le peul et la vache, une alliance

le peul et la vache

LE PEUL ET LA VACHE UNE ALLIANCE SÉCULAIRE

Le peul et la vache perçus par les occidentaux

Les voyageurs et artistes, ont été séduits par le charme extérieur de certains peuls, le mystère de leurs origines et l’harmonie de leur langage. Ce sentiment a inspiré beaucoup d’articles, voire des fictions romanesques.

Pendant la colonisation, le  peul est devenu le plus empoisonnant des administrés, celui qui complique la besogne, par son indiscipline, son hypocrisie, son hostilité latente. Nomade, c’est une bête de brousse ; citadin, un marabout à surveiller.

Personnages décoratifs pour les uns, mauvais matériel humain pour les autres, ils sont une énigme bien excitante, et surtout des hommes qu’il serait triste d’avilir.

Selon Vieillard pour les musulmans, le Pulaaku, le «nationalisme» peul, est un reste des temps d’ignorance. De nos jours, c’est dans l’âme dure des maigres pâtres nomades qu’il faut chercher les traits particuliers et essentiels du pulaaku.

Ces traits définis par eux et cités par M. Gaden sont :

Un vrai Pullo a beaucoup de bœufs, beaucoup de retenue. Il a beaucoup de vaches

La vocation du peul et la vache

L’élevage des animaux domestiques, chez le peul est  l’alliance d’une race humaine et d’une espèce animale : une association où la bête est pour l’homme un compagnon, une nourrice, une bénédiction.

Le peul et la vache, une légende

Selon une légende, le peul vola la vache au génie de la brousse ; un jour qu’elle venait de vêler, il se frotta au veau nouveau-né, se fit lécher par la mère et fut adopté. Depuis cette merveilleuse aventure, le peul est resté le nourrisson de la vache. Il est inséparable du troupeau.

Les liens entre l’homme et le troupeau passent par certains animaux particulièrement domestiqués qui constituent les leaders du troupeau. Ce sont ces bêtes que les Peul appellent «orenaggué», les vaches de tête.

Elles appartiennent à une lignée bovine dont la généalogie parallèle à celle des Peuls est parfaitement connue. Jamais le Peul ne se sépare de ces animaux, véritable noyau du troupeau, le reste augmentant ou diminuant selon les ventes, achats, échanges.

De façon générale, c’est bien la parfaite domestication des animaux qui frappe. La vache donne au pasteur nourriture et sécurité. Il est naturel qu’il lui voue une affection jalouse et exclusive.

La silhouette du zébu domine toute l’histoire Peule : les grandes bêtes bossues qu’il a menées, qu’il a suivies plutôt, de pâture en pâture, de mare en mare, lui ont imposé ses migrations dans la zone où elles peuvent s’abreuver, et se nourrir

Ce sont elles qui règlent les transhumances saisonnières entre les pluies et la sécheresse.

La vache confère son identité au peul

Les exigences de la vie pastorale ont aussi modelé son être physique et moral, ses allures et ses goûts. Le nomade est un type social, caractérisé par l’amour de la coutume et de l’indépendance.

Le peul, privé de vaches, déchoit. Il perd plus que sa richesse : sa fierté, son honneur. Car le peul qui n’a plus d’animaux pourra devenir ou un musicien mendiant, ou un marabout puissant.

Mais il ne sera plus un vrai peul, père des troupeaux, roi de la Brousse dont il ne craint ni les fauves, ni les génies nocturnes.

Toutes ses qualités s’accordent avec son régime de vie, dont elles dérivent; quelles sont donc les qualités dont il s’enorgueillit.

Le peul a beaucoup de « retenue ». La Retenue dont il faut élargir le sens, contient à peu près toute la morale peule, l’observance des règles auxquelles il  doit se conformer.

Observance qui mène à l’exercice de la discrétion et de la politesse, des vertus cardinales, la maîtrise de soi, le courage.

Le peul est contraint par une morale stricte. Le premier soin de cette morale c’est de ne rien laisser de soi à la merci d’autrui, exposé aux autres hommes ou aux puissances divines.

La tradition peule, une culture en voie de disparition

Toute la Pulaaku, l’élevage et la « retenue », repose sur la coutume, désignée sous le terme « héritage » (NDoonu), ce qu’on a trouvé : « (Tawaangal) .

Aussi, dans le Sahel ce sont eux qui ont conservé les institutions les plus archaïques, les plus proches de la tradition.

Le peul et la vache, la fin d’une alliance ?

Si l’économie pastorale apparaît comme le secteur le plus facilement expansif et la vocation des régions sèches de l’Afrique intérieure, le Peul, spécialiste de l’élevage, en sera-t-il partie prenante, à. part entière ?

A côté des nombreuses, questions que posent encore l’histoire, la langue, la tradition des Peuls, on ne peut que s’inquiéter de la véritable « mise en question » dont l’avenir menace ce peuple.