Les derniers peuls nomades Mbororo

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Les Peuls nomades Mbororo : une culture en voie de disparition au Sahel

Autrefois les peuls étaient tous des pasteurs. Aujourd’hui, on les classe en trois catégories suivant leurs systèmes de production :

Les “Mbororo” continue de vivre de l’élevage. Le nom Mbororo est donné aux Peuls qui sont restés fidèles au nomadisme pastoral. Ils ont des connaissances très détaillées sur le bétail et préfèrent séjourner sur de vastes pâturages éloignés des zones cultivées. On compte de nombreux clans Mbororo : les Djafoun, les Woodabe, les Akou etc.

Les “fulbés na’ï” sont des populations peules agro-pastorales qui subdivisent leur bétail et envoient le troupeau principal en transhumance. Les “fulbés sire” sont sédentarisés et urbanisés.

Qui sont donc ces éleveurs pasteurs peuls nomades Mbororo ?

Les Peuls d’aussi loin que remonte leur mémoire s’affirment comme un groupement nomade attachée à l’élevage de bovidés. La vache est le personnage central de la légende peule. Même les peuls devenus sédentaires véhiculent dans leurs représentations l’image de leurs ancêtres conduisant des troupeaux de pâturage en pâturage, au rythme des saisons ou des migrations.

C’est la vache qui fonde le statut existentiel du Peul, qui donne sens à son passage sur la Terre. Selon le mythe fondateur, le peul était plus ou moins désœuvré, avant sa rencontre avec la vache. Avec elle, il construit son quotidien. La vache est perçue comme le plus digne des animaux domestiques, et le Peul se considère comme le plus compétent parmi tous les éleveurs pour lui fournir les meilleurs soins.

Bien entendu c’est à la condition qu’il s’occupe bien d’elle, qu’elle lui offrira son lait. Une sorte de contrat ou d’alliance initiale est donc conclue entre le peul et la vache, selon un principe d’égalité respectueuse. La vache est un animal domestique sur lequel il faut veiller, sans esprit de domination et de violence. L’homme lui sert à découvrir l’herbe nécessaire à sa nourriture, en échange de quoi elle le nourrit avec le lait. La vache constitue une sorte de miroir dans lequel le peul construit son propre reflet.

Les zébus Mbororo rouges : des « coureuses de brousses » de confiance

La rusticité, l’élégance et le format sont parmi les caractéristiques auxquelles s’intéressent les pasteurs nomades lorsqu’ils choisissent des zébus Bororo en vue de l’élevage. Les troupeaux sont nourris exclusivement au pâturage. Le zébu Bororo est un animal de grand format, de haute taille, aux membres longs. La tête est longue et fine avec de grandes cornes en lyre hautes, ouvertes et dressés; de couleur généralement blanche, ces cornes mesurent de 75 à 120 centimètres.

Les nomades ont une certaine faveur pour ce zébu, qui s’explique peut-être par leur aspect extérieur pittoresque et leur réputation d’obéir comme des chiens aux ordres de leurs maitres. Cette dernière qualité en fait d’ailleurs de bons animaux « de brousse ». On prétend qu’ils se dispersent rapidement pour échapper au danger, au moindre signal donné par les pasteurs.

Un épisode de l’histoire migratoire des Mbororo a mis en évidence les grandes aptitudes de cette race face à l’adversité.

Les vaches rouges paissent en groupe et de manière disciplinée, elles n’empruntent pas des chemins d’elles-mêmes et évitent les ambiances villageoises. Les vaches rouges sont des animaux ombrageux et farouches qui ne se laissent pas approcher par des personnes inconnues.

En cas d’approche inopinée de personnes malveillantes près de son troupeau de vaches rouges, le Mbororo lance un cri d’appel des animaux et, sans perdre de temps à les rassembler, il s’enfuit. Aussitôt, les vaches rouges se mettent en mouvement et courent en le suivant.

Cela implique qu’à la pâture, ces vaches ne s’écartent pas de leur berger, qu’elles collent à son ombre. Elles connaissent leur berger et le distinguent des personnes étrangères. Tout en pâturant, les vaches rouges se tiennent attentives à l’attitude de leur berger. Elles savent que sa fuite soudaine signifie l’imminence d’un danger.

En cas d’incident en brousse, les vaches rouges reviennent toutes ensembles au campement en courant. Grandes coureuses, tout en gardant une cohésion de troupeau, les vaches rouges sont mieux adaptées que les autres à des contextes d’insécurités pastorales. Pour les Jaafun, ce sont des vaches de temps de guerre.

Cette confiance ne repose pas seulement sur les liens entre le berger et son troupeau, mais aussi sur les qualités morales des vaches rouges. La plus fréquemment citée est hakkillo, l’intelligence, l’attention. On leur attribue même des qualités comme la confiance et la fidélité, la promesse, la bénédiction, la faveur divine.

Les Jaafun, et les Wodaabé valorisent leurs vaches rouges parce qu’elles leur permettent d’échapper aux violences classiques exercées contre les éleveurs.

Violence contre les nomades au Sahel : écroulement d’un mode de vie

En Afrique subsaharienne, tout au long de leur histoire, les éleveurs et leur bétail ont souvent payé et paient encore un lourd tribut aux périodes de violences et de guerres. Les petits ruminants et surtout les bovins sont abattus violemment pour nourrir les gens en armes. La destruction du cheptel, surtout bovin, représente une perte grave, pour les éleveurs. Les abattages massifs et brutaux de bétail remettent en cause l’activité pastorale car le bétail marque l’aboutissement d’un effort d’accumulation sur une longue durée.

Chez les nomades peuls, les vaches sont: une « richesse ». Ce sont des biens précieux susceptibles d’être volés, capturés, détournés et accaparés. Les éleveurs sont conscients de la fragilité de cette richesse, surtout en temps de guerre. Face à ces menaces, les éleveurs défendent parfois leurs animaux comme ils peuvent, mais, le plus souvent, ils les font fuir.

La fuite, comprend plusieurs formes (doga : courir, daDa : se sauver, échapper à un danger, feeyo : se sauver à toute vitesse, fera : s’enfuir en groupe, partir très loin pour échapper à une persécution). C’est la tactique privilégiée par les Mbororo pour soustraire le bétail à une attaque.

Face au déchaînement de ces multiples violences, les Mbororo ont donc choisi de s’enfuir loin et le plus vite possible. Pour cela, ils pouvaient compter sur les capacités de leurs vaches rouges à parcourir de longues distances à marche forcée. Ces vaches sont adaptées à l’eggol : la migration-fuite. Elles sont endurantes, « ce sont des coureuses de brousse ».

Cette gestion des vaches en réponse aux insécurités présente toutefois des limites

Malheureusement, la résistance des vaches rouges aux actions hostiles atteint actuellement ses limites. Même sans attaque ouverte, en contexte d’appauvrissement général de la population, le bétail des pasteurs est perçu de plus en plus par les autres comme une richesse difficile à accepter. Le bétail attise des convoitises multiples.

Les populations rurales s’en prennent au bétail des pasteurs et poursuivent les abattages perpétrés par des groupes armés. La « dé-cheptelisation » récente des Mbororo de Centrafrique n’est pas seulement le résultat de violences guerrières, mais également l’aboutissement d’une longue fracture sociale et économique. Pour ces Mbororo, « c’est tout le patrimoine accumulé sur plusieurs générations qui disparait en quelques mois »

Une population privée aussi de son environnement

Pendant la période coloniale s’est mis en place un système qui a déclaré les terres pastorales «  vacantes et sans maître ». Il établit en même temps le principe de la domanialité : les terres relèvent du domaine de l’État, et sa visée, c’est l’extension de la propriété privée, avec immatriculation.

Parallèlement, cet état colonial a officialisé la division entre sédentaires et nomades en faisant des entités administratives séparées, alors qu’elles ne l’étaient pas nécessairement auparavant. D’un côté on a des tribus, et de l’autre, des cantons. Ensuite il a encouragé l’agriculture, l’a privilégiée par rapport à l’élevage, favorisant derechef les préjugés négatifs.

Cependant face à une forte résilience des pasteurs, l’état colonial a fini par s’accommoder de l’existence du pastoralisme mais a tenté de sédentariser les pasteurs, sans y parvenir. Puis Il a du s’accommoder de la présence des pasteurs, mais a contraint la transhumance à l’intérieur des circonscriptions administratives.

Les États indépendants, à partir de 1960, ne changent guère le dispositif et on assiste alors à une très forte augmentation des surfaces cultivées. Les sécheresses des années 1970 et 1980 affaiblissent définitivement les éleveurs pasteurs.

Accaparement des terres pastorales et destruction de l’environnement

Avec la mondialisation, les sociétés multinationales se sont ruées sur les richesses naturelles disponibles dans les espaces pastoraux de la zone sahélienne (uranium, pétrole, gaz, etc.). Elles concourent à renforcer la compétition entre différents groupes d’acteurs pour l’appropriation des terres.

Les communautés pastorales ne sont pas impliquées dans le processus de consultation, en particulier dans les études d’impact environnemental et social. Elles constituent comme on le voit les premières victimes de l’implantation des industries extractives.

Celles-ci engendrent de multiples impacts négatifs, notamment : la dégradation de la santé humaine et animale, la perte de terres de parcours, la surexploitation des points d’eau, et la baisse de la productivité animale.

Les terres pastorales sont également menacées par l’extension des grandes agglomérations urbaines et par la spéculation foncière qui est entretenue par l’émergence d’une classe moyenne.

Ces évolutions montrent que le pastoralisme est menacé par de nouvelles dynamiques foncières qui tendent à freiner son développement et sa reproduction.

La paupérisation de populations peules nomades Mbororo

Si la région du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger) est perçue, depuis les sécheresses des années 1970-1980, comme un espace écologiquement fragile et de grande pauvreté c’est en lien direct avec la violence et l’impact du changement climatique.

Le changement climatique a contribué notoirement à une rupture d’équilibre entre les systèmes de production pastorale et agricole, au détriment des pasteurs. Les sécheresses qui ont affecté le Sahel n’ont pas seulement fait baisser les niveaux de production pendant quelques années au Sahel, elles ont également modifié en profondeur les relations entre agriculteurs et pasteurs.

Ces années de sécheresse ont décimé les cheptels, appauvrissant ainsi les bergers peuls Mbororo qui dépendaient de la transhumance pour leur survie Cette période est à l’origine de la crise actuel du pastoralisme et de la marginalisation des communautés pastorales.

La culture matérielle et immatérielle et le patrimoine des peuls nomades Mbororo

Dans la vie quotidienne des pasteurs peuls nomades, le lait produit par la vache est la base de l’alimentation. Cet aliment occupe une place particulièrement importante pour les femmes. Au-delà de l’aspect nutritionnel, le lait intervient dans les pratiques sociales et est porteur de valeurs symboliques.

Les différentes utilisations alimentaires et les diverses pratiques autour du lait constituent un ensemble de savoirs qui différencient les Peuls pasteurs non seulement des agropasteurs mais également des autres sédentaires.

Les savoir-faire sur le lait et les produits laitiers représentent véritablement des patrimoines culturels pour tous les Peuls pasteurs. ils participent à leur identité et à la place des femmes dans la société. Celles-ci sont gestionnaires des savoirs liés au lait mais c’est aussi leur comportement général qui est important dans la vie du campement

Le lait et la vache qui le produit ont été reçus comme un don spécifique par les peuls. Les pasteurs essayent de préserver cette spécificité dans des conditions souvent difficiles car ils doivent aussi le transmettre aux générations futures avec les savoirs s’y afférent.

Ce sont les savoirs et savoir-faire culinaires, médicamenteux et esthétiques à préserver et à transmettre..

Si la transmission du savoir pastoral sur des parcours extérieurs relève du domaine masculin, les savoirs autour du lait relèvent d’une activité féminine. Il s’agit d’un patrimoine féminin dont les savoirs et savoir-faire sont développés et transmis par les femmes.

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