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sagesse peule

LA SAGESSE PEULE, COMME VOIE ANCESTRALE

Les Dageeja vivent au Nord du Sahel, ce sont des peuls nomades, venus au XIe siècle du Fouta Toro. Ils sont connus généralement sous le nom de bororos un terme qu’ils considèrent comme péjoratif, seules leurs vaches étaient appelées ainsi (nay bororooji). Ils font partie de la grande tribu des wodaabe, qui sont rattachées aux feroobe de l’Adamaoua et au clan des Nassou ou Sow.

Liberté et considération

Le bonheur du Dageeja est  fait de liberté et de considération. Le pire des malheurs pour lui est de perdre sa liberté d’aventurier de la brousse.

Mais cette liberté est loin d’être individualiste. Les Dageeja restent profondément liés à leur groupe, à leur lignage, à leur société itinérante au sein de laquelle ils ont besoin de s’intégrer.

Dans la mesure où ils vivent le plus souvent éloignés les uns des autres, le seul lien social qui les relie est après celui du sang, la considération qu’ils s’accordent réciproquement et qu’ils appellent mayaba ou daraja.

La poursuite de la richesse

Chez les Dageeja la richesse est érigée en vertu et constitue le premier devoir de l’homme mûr (ndottijo). La richesse est nécessaire si on veut être estimé.

L’idéal du Dageeja est de pouvoir se suffire à lui même et repousser l’aide d’autrui.

Mais l’argent ne fait pas le bonheur sans l’usage du monde, ce bon usage du monde est l’intelligence des choses que les peuls appellent hakkiilo et qui est une vertu que le Dageeja doit posséder pour obtenir la considération. C’est la vertu la plus nécessaire à l’homme pour vivre.

Hakkiilo ou intelligence des choses et des êtres

Cette intelligence a son siège dans la tête (hoore) et ne doit pas être confondu avec la ruse maligne (yoyre), passion mauvaise située dans le coeur (bernde).

L’intelligence Hakkiilo même quand elle poursuit son propre intérêt, ne cherche pas à nuire : car il s’agit d’être habile. Outre l’habileté, le hakkiilo comprend aussi la prévoyance et la perspicacité .

Le hakkiilo qui est une intelligence de l’action, peut être aussi une intelligence de l’homme, une connaissance psychologique, une prudence dans les relations humaines. Ainsi c’est la première vertu du Dageeja.

Le Munyal ou constance, Pasali, la mesure

Loin d’être une résignation passive, le munyal est une force de caractère qui permet d’accepter et de supporter les coups du destin.

La patience et l’intelligence, une fois réunies, conduisent à une troisième qui consiste dans la connaissance et l’acceptation par l’homme de ses limites, vertu que l’on nomme Pasali, qui correspond à la mesure en français.

La nature est la première à nous apprendre la mesure. L’homme doit se connaitre et ne doit pas vouloir faire plus qu’il ne peut. Dans ses rapport l’homme doit connaitre ses limites et savoir rester à sa place.

Le Semtu'dum ou la retenue

C’est la perle des vertus. C’est elle qui permet au peul de se distinguer.  Sans elle , il n’y a pas de vrais peuls. Au plus bas degré c’est une retenue des instincts, qu’il s’agisse du désir de nourriture ou d’appétits charnels.

Le semtudum est aussi une retenue de la langue. On évite toute parole qui risque de blesser.

La dernière retenue est celle qui consiste à ne pas s’imposer aux autres, à ne pas les forcer à faire sa volonté, à ne pas insister et à considérer le silence comme un refus implicite. La plupart des interdictions peuvent être considérées comme des marques de respect.

Le Bernde ou courage

Le courage participe un peu de toutes les autres vertus. Pour être courageux il faut l’intelligence de la situation (hakkiilo) et les sens des possibilités (pasali) qui permettent d’agir efficacement, la force et la volonté de dominer son sort tout en l’acceptant (munyal) et le sentiment de sa dignité (semtudum).

Cette vertu se présente sous deux formes : le courage au travail (bernde kuugal ou berngel) et le courage au danger appelé ngorgaaku ou virilité.

Commun aux hommes et aux femmes, le courage au travail est la qualité qui permet avant tout de se procurer et de conserver son autonomie.

Le Dageeja qui a du courage, de la retenue, de la mesure, de la résignation et de l’intelligence, les cinq vertus qui constitue le pulaaku est un bon peul. Si de surcroît il a la richesse et la liberté, c’est un peul considéré et donc un peul heureux. Le pulaaku est une sagesse qui est le ciment entre les populations dispersées.