Comprendre l’élevage nomade

QU'EST CE QUE L'ELEVAGE NOMADE ?

Il y a dans l’élevage nomade traditionnellement une fonction identitaire forte. Au-delà de l’identité, la possession des bovins ou de camelins confère aux pasteurs nomades leur statut social. Le bovin et le dromadaire ont donc une place symbolique forte dans les sociétés peules et touaregs. La propriété et les échanges d’animaux fondent les rapports de parenté. Famille et troupeau forment d’après la description de nombreux anthropologues en milieu pastoral une véritable symbiose. 

image de dromadaire

Le pastoralisme, une finalité socio-politique

Le pastoralisme nomade, prédomine dans les zones arides, impropres aux cultures. Celui-ci se caractérise par une orientation de la production pastorale dont la finalité n’est pas économique. Le pastoralisme nomade ne vise pas selon la logique économique du libre échange, la production d’un surplus visant à la commercialisation. Le surplus est utilisé dans le cadre des rapports d’échange et recèle davantage une fonction sociale et politique qu’économique au sens de la conception occidentale. 

Le bétail, comme stratégie de sécurisation

Le comportement des producteurs n’est pas déterminé par une finalité spécifiquement économique ni par une logique qui aboutit à maximaliser la production. La notion de rentabilité, telle que l’économie de marché la conçoit, n’intervient pas dans la stratégie économique des éleveurs pasteurs nomades du Sahel dont l’objectif est d’œuvrer à la satisfaction des besoins biologiques et sociaux. Les troupeaux bovins sont à vocation laitière. Les petits ruminants sont vendus en cas de besoin de liquidité.

Les troupeaux comme moyen de préservation du groupe

Les troupeaux constituent de véritables capitaux, accumulés les bonnes années en vue des coups durs des mauvaises années ou en vue de besoins exceptionnels. La stratégie de production des éleveurs est une stratégie de sécurisation, qui a pour objectif principal de limiter les effets des risques écologiques (sécheresse, manque de pâturage) ou pathologiques (épidémie). Une telle stratégie échappe à la logique de l’économie de marché, dans la mesure où ce n’est pas tant la production en elle-même qui est recherchée, mais la conservation, à long terme, des moyens de production et des sociétés humaines qui leur sont liées. 

Les fonctions sociales de l’élevage pastoral

Dans les sociétés pastorales nomades, et la société Peule surtout, l’élevage a un certain nombre de fonctions sociales fortes. Les fonctions politiques et sociales du bétail sont plus fortes dans les sociétés nomades que les fonctions économiques : la production pastorale est orientée vers la satisfaction des besoins de subsistance et des contraintes sociales. La production de protéines est orientée vers la production laitière plus que la production carnée. La finalité de la production pastorale en milieu nomade, n’est donc pas la vente. Mais de façon occasionnelle, pour se procurer de la liquidité, les ventes sont pratiquées. 

Le bétail pour maintenir liens et cohésion sociale

Il existe donc chez les éleveurs pasteurs nomades, un certain nombre de modes de circulation des animaux qui ne sont pas liés au marché. Il s’agit des dons, des prêts et du confiage. 

  1. Les dons se font au sein de la famille proche : un père donne à ses enfants à leur naissance, à leur circoncision ou à leur mariage un bovin ou un petit ruminant ; c’est une forme de pré héritage. 
  2. Les prêts se font dans la sphère familiale plus élargie. Le prêt chez les Wodaabe du Niger sert ainsi à resserrer des liens d’amitié ou des liens familiaux en confiant une vache pour quelques années dans le troupeau d’un proche.  
  3. Les échanges d’animaux se pratiquent dans une sphère sociale encore plus vaste, lorsque la distance parentale est encore plus grande. Il s’agit de troc : par exemple l’échange d’un taurillon contre une génisse, ou d’une vache contre un (ou plusieurs) petits ruminants. 
  4. Enfin, le confiage, est une mise en gestion temporaire en dehors du cercle familial et impliquant une rémunération

Par la richesse de ces échanges de bétail au sein d’une société pastorale, le bétail prend la place de “seule valeur stable qui permette de cimenter les relations de voisinage, de coopération et de parenté”.